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Les travaux de canalisation
de la Perte du Rhône en 1872

 

ABEILLE - Collection ETcomp


L'ABEILLE du BUGEY 1872

 

ABEILLE - Collection ETcomp


L'ABEILLE du BUGEY du 7 janvier 1872
The Rhone Hydraulic Company Limited à Bellegarde

 

ABEILLE - Collection ETcomp


L'ABEILLE du BUGEY du 4 février 1872

 

ILLUSTRATION - Collection ETcomp


L'ILLUSTRATION n°1516 du 16 mars 1872

 

ILLUSTRATION - Collection ETcomp


L'ILLUSTRATION n°1516 du 16 mars 1872
Les travaux de canalisation de la Perte du Rhône - Aspects des Tranchées

 

ILLUSTRATION - Collection ETcomp


L'ILLUSTRATION n°1516 du 16 mars 1872
Les travaux de canalisation de la Perte du Rhône - Le sondage

 

LES TRAVAUX DE CANALISATION
DE LA PERTE DU RHÔNE

Nous avons déjà publié plusieurs dessins relatifs aux travaux qui s'exécutent en ce moment, dans les environs de Bellegarde (Ain), et qui tendent à faire plus tard de cette ville une cité industrielle, destinée à grandir comme avait grandi Mulhouse à la fin du siècle dernier. Ces travaux se rapportent à deux entreprises colossales, sur chacune desquelles nous aurons occasion de revenir. Nous nous bornerons donc, quant à présent, à les faire connaître d'une manière sommaire.

La première se rapporte à l'exploitation des phosphates naturels dont Alexandre BRONGMART avait signalé jadis l'existence dans la localité : cette industrie est aujourd'hui en pleine activité, et l'agriculture française, suisse et italienne y trouvera un approvisionnement inépuisable pour quelques siècles de ces successeurs du guano, les phosphates rendus solubles pour un traitement chimique : les savantes recherches de M. GRANER, de l'école des mines de Paris, ont, effet, prouvé qu'il existe dans les environs de Bellegarde plus de 8 millions de tonnes de phosphates naturels.

L'autre entreprise est celle d'une dérivation de 60 mètres cubes par seconde, des eaux du Rhône, par un canal-tunnel de grande section 9 mètres larg. 6m50 haut., pour obtenir une chute de 13 à 14 mètres et une puissance hydraulique de 10 000 chevaux, transmissible par des câbles ou par de l'air comprimé. Deux turbines de 630 chevaux chacune sont déjà en construction, et seront probablement mises en activité à la fin de l'été.

Les dessins publiés, il y a trois semaines, par l'Illustration, montraient les travaux exécutés aux abords du tunnel; notre gravure d'aujourd'hui représente les carrières d'où s'extrait la pierre nécessaire à tous ces travaux, mais quiconque a vu dans les environs de Paris les carrières de Clamart ou de Châtillon, avec leurs grandes roues de treuils, se ferait difficilement une idée de ce qui se passe à Bellegarde. Ici, point de treuil élévateur: le calcaire est à 50 mètres au-dessus au niveau de la construction qu'il doit servir a édifier. Au lieu de monter péniblement des entrailles de la terre jusqu'au sol, la pierre tombe par blocs de 100 mètres cubes du niveau où elle s'est formée, jusqu'à celui du lieu de son emploi. Voici comment les ingénieurs ont eu l'idée de profiter de la différence de niveau dû aux excavations énormes produites dans le roc par la Valserine, dans son confluent avec le Rhône et par le Rhône lui-même :

On creuse dans le calcaire, à la manière ordinaire, un trou de 30 millimètres de diamètre sur 5 mètres de profondeur : puis on coule dans ce trou, au moyen d'un tuyau en gutta-percha, à la profondeur de 4m50, de l'acide muriatique qui, rongeant le roc, fait une chambre de 70 à 80 centimètres de diamètre. La chambre faite, on sèche la mine, on y coule 100 ou 150 kilogrammes de poudre, et l'on allume: on comprend aisément quels blocs de roches peuvent être projetés par une pareille force d'expansion, si la mine surplombe un ravin.

Nous nous bornerons à ces courtes explications, il nous suffira de rappeler que la force motrice du Rhône sera la même que celle qui a été mise à profit pour l'importante création de LOWEL dans le Massachussets, le Manchester des Etats-Unis; et, comme le disait M. DUMAS, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, on ne peut choisir un meilleur moment pour signaler l'existence d'un tel avantage, que celui où les chefs d'ateliers de l'Alsace peuvent être tentés de chercher en France des localités favorables pour y transporter leur industrie.

Henri VIGNE.
Extrait de l'ILLUSTRATION 1872

 

ILLUSTRATION - Collection Michel BLANC


L'ILLUSTRATION 1872

Les travaux de canalisation de la Perte du Rhône - Les mineurs des carrières de la Valserine

 

 

ABEILLE - Collection ETcomp


L'ABEILLE du BUGEY du 5 mai 1872

 

ABEILLE - Collection ETcomp


L'ABEILLE du BUGEY du 25 août 1872

 

FETE
Donnée par la

COMPAGNIE GENERALE DE BELLEGARDE
Sous la PRÉSIDENCE DE M. LE PREFET DE L'AIN

le 8 septembre 1872

 Compte-rendu

 

Jeudi 5 septembre, a eu lieu à Bellegarde la fête à l'occasion de la pose de la pierre centrale du bâtiment des turbines. La Compagnie générale de Bellegarde avait convoqué à cet effet un grand nombre de notabilités françaises et suisses; presque toutes se sont empressées de se rendre à cette fête du travail et de l'Industrie. Au banquet offert par la Société, nous avons remarqué entre autres : M. le préfet de l'Ain, présidant la réunion, MM. les-sous-préfets de Nantua et de Gex, M. Staempfli, ancien président de la Confédération suisse et actuellement arbitre supérieur au tribunal de l'Alabama, deux juges du même tribunal ; MM. de Lentulus et Favrot, secrétaires, étaient aussi présents.

Nous trouvions M. de Saussure, de Genève ; MM. Rive, Mercier, Tiersot, députés de l'Ain; M. le professeur Colladon, de Genève, ingénieur consultant de la Compagnie; M. Gobin, ingénieur de la Navigation du Rhône, Les journaux le Courrier de l'Ain, le Progrès de l'Ain, l’Abeille du Bugey et du pays de Gex étaient représentés chacun par leurs rédacteurs respectifs. M. Juher, ingénieur en chef des mines de Chalon sur Saône; M. le directeur des douanes de Bourg; plusieurs membres du Conseil général ; M. Girod, maire de Bellegarde, ainsi que plusieurs autres maires et adjoints des environs; M. le receveur principal des douanes de Bellegarde et tous les ingénieurs de la Compagnie générale.

Les honneurs étaient faits par M. Gerhard Lomer, administrateur gérant de la Compagnie.

 I

A onze heures du matin, les conviés se réunissent dans les bureaux de la direction, dont la façade extérieure est pavoisée de drapeaux français, américains, anglais et suisses. Ils sont accueillis avec une aimable courtoisie par M. Gerhard Lomer.

Dans l'une des salles sont placardés les plans des travaux et ouvrages d'art exécutés et à exécuter pour la dérivation du Rhône et celle de la Valserine; le tunnel par lequel une partie des eaux du fleuve viendront, à la sortie du souterrain, se précipiter, par sept embouchures, dans l'immense salle des turbines, établie à trois mètres et demie au-dessous du niveau du Rhône dans ses plus basses eaux, pour mettre eu mouvement les artifices destinés à produire la transmission des forces motrices à une distance de plus de quatre kilomètres est représenté.

Une explication détaillée des plans est donnée par l'ingénieur en chef de la Compagnie.

Les conviés vont ensuite sur le terrain juger de la situation actuelle des travaux qui, en excitant l’étonnement et l'admiration, font concevoir le développement plus grandiose encore que doit leur donner le génie industriel.

 II

Bientôt des détonations formidables annoncent taux habitants des vallées et des monts d'alentour que la cérémonie de la pose de la pierre centrale des turbines va commencer.

Le cortège, précédé de M. G. Lomer, descend, en effet, par des échelles superposées dans le lit profond de la Valserine, et l'énorme bloc de granit, suspendu par un câble au-dessus de l'orifice, descend à son tour pour s'emboîter à la place qui lui est réservée.

M. le préfet reçoit la truelle des mains du conducteur du chantier et cimente la pierre...

 

...M. G. Lomer se lève et prononce ces simples et affectueuses paroles, qui sont sympathiquement accueillies par tous les conviés :

« En remerciant messieurs les orateurs des sentiments et des vœux par eux exprimés, et vous, messieurs, de la belle manière avec laquelle vous y avez répondu, je désire en même temps ajouter quelques mots.

On nous fait souvent la remarque que les travaux de Bellegarde détruisent sa beauté pittoresque et que la prose de la main d'œuvre supplante sa poésie riante de la nature mais il me semble que la perte du Rhône, cette merveille du pays, n'en sera pas moins la perte du Rhône.

Tandis qu'une partie de ses eaux disparait dans des passages souterrains, nous rendons captive l'autre partie; l'ayant enfermée dans cette vaste prison de roc, notre tunnel, nous ne lui rendons sa liberté qu'au prix d'une rançon formidable, le travail de 40 000 chevaux. Voilà ce que j'appelle une réunion heureuse de la beauté de la nature avec l'utilité, avec le travail.

Le grand but, c'était de terminer les travaux dans une saison, et, selon toute apparence, l'hiver de cette année verra fonctionner nos turbines. Ici, messieurs, je dois rendre témoignage de la bonne volonté de l'assistance que nous avons rencontrées de tous côtés. On nous a cordialement facilité les démarches administratives et les diverses formalités à remplir. Nulle part des entraves, et nous en sommes vivement reconnaissants, car c'est à cela que nous devons la célérité obtenue.

Messieurs, je porte un toaste aux administrateurs des affaires publiques du département de l'Ain, à ces hommes dévoués et éclairés, toujours prêts à se mettre en avant quand il s'agit de l'intérêt de leurs administrés.

Que le département ait toujours à sa tête des hommes d'une aussi haute intelligence, qui ne perdent aucune occasion de travailler à la prospérité et à la grandeur du pays ! »...

 

...M. Manon, membre du Conseil général, prononce le discours suivant :

« Messieurs,

Le premier sentiment que nous inspire l'aspect des travaux qu'on exécute avec tant de célérité dans ces parages, est un sentiment de reconnaissance pour ceux qui apportent la richesse, la prospérité dans un pays favorisé de la nature, il est vrai, mais qui néanmoins jusqu'à nos jours attendait un initiateur.

Si le projet est colossal, il a trouvé des intelligences capables de l'apprécier, des volontés puissantes capables de l'entreprendre et d'en poursuivre la réalisation avec une activité incessante.

Une année à peine s'est écoulée, le fleuve est endigué, dérivé; un vaste réservoir est établi; le rocher est percé de part en part sur une longueur d'à peu près un kilomètre, et bientôt cette célèbre chute du Rhône tombera dans le lit de la Valserine, qui paraît avoir été creusé par la nature pour recevoir ces turbines dont nous venons d'inaugurer les fondations.

Au moyen d'un système des plus ingénieux, elles transporteront la force puissante du fleuve à une distance que ces piliers, s'élevant successivement, nous permettent déjà de mesurer, et fera mouvoir des usines de différents genres dont on commence la construction, et qui couvriront ces plateaux dans un temps rapproché.

En attendant, Bellegarde se prépare à faire bon accueil à ces éléments de prospérité; son animation augmente de jour en jour; de nombreuses habitations s'y élèvent rapidement, et l'on y recherche avec empressement les emplacements nécessaires à l'installation de la cité industrielle.

Mais cette œuvre, messieurs, n'a pas seulement une importance locale et particulière, elle profitera à l'industrie en général, en lui fournissant des forces inépuisables, des moteurs à des prix moins onéreux que ceux fournis par la vapeur; elle profitera, aussi à l'agriculture, en facilitant l'exploitation de ces carrières de fossiles qui s'étendent jusqu'aux pieds de ces hautes montagnes, et en permettant de lui fournir à un prix rémunérateur ce précieux condiment, qui peut pour ainsi dire rajeunir la terre épuisée par la végétation et assurer la constance de ses plus précieuses productions.

Donc, messieurs, permettez-moi d'exprimer ma vive gratitude à tous ceux, qui contribuent à la prospérité de mon pays, de l'industrie et de l'agriculture, aux promoteurs de l'œuvre et à tous ceux qui leur prêtent aide et concours; à ceux qui la dirigent et en assurent l'exécution par leurs capitaux; aux illustres ingénieurs qui lui apportent le tribut de leurs études, de leurs découvertes, de leurs perfectionnements; aux entrepreneurs qui exécutent leurs projets avec une si louable activité; aux autorités qui la patronnent et l'encouragent avec tant de sollicitude; aux députés qui lui donnent chaque jour des témoignages de leur zèle et de leur dévouement. Je n'oublierai jamais le Bienveillant appui qu'ils nous ont accordé auprès du gouvernement pour obtenir le droit de prise d'eau à cette cascade de la perte du Rhône, qui va devenir encore plus célèbre en réunissant à ses beautés naturelles celles de l'art et de l'industrie.

Et dans ma reconnaissance, messieurs, je bois à l'entreprise de Bellegarde et à tous ceux qui ont contribué à sa réussite. »...

 

...H. Girod, maire de Bellegarde, prononce un discours que nous regrettons vivement de ne pas pouvoir reproduire faute de copie, et dans lequel il félicite, au nom du conseil municipal et des habitants de Bellegarde, la Compagnie générale de ses constants efforts pour mener à bien les immenses travaux appelés à faire de Bellegarde une ville industrielle qui fera rayonner autour d'elle les plus grands bienfaits...

 

...M Traclet, conseiller municipal et receveur des douanes, s'est exprimé ainsi

« Messieurs,

Veuillez permettre au doyen des conseillers de la commune de vous remercier en son nom d'avoir bien voulu venir assister à l’inauguration du bâtiment des turbines, et d’avoir bien, voulu donner, par votre présence ici, un plus grand éclat à cette fête, qui inaugure en même temps l'agrandissement de Bellegarde et un avenir auquel il devra sa prospérité.

Tous ceux qui sont réellement dévoués aux intérêts du pays sont unanimes à reconnaître les avantages qui sont résultés et qui résulteront, pour les populations de ces contrées et pour Bellegarde en particulier, de l'établissement de vastes usines, de grandes fabriques auxquelles la force motrice ne fera jamais défaut, celte force motrice dont la Compagnie générale dispose étant immense, l’unique en Europe, et nous pourrions dire 1’unique dans le monde entier.

C’est à la courageuse initiative prise par MM. Lomer et Ellershausen, c'est à leurs hautes capacités, à leur activité incomparable que ce pays devra sa transformation, qu’il devra de devenir un grand centre industriel ou viendront affluer tous les bras, souvent inoccupés, des contrées environnantes, avec l'assurance, pour les ouvriers honnêtes et laborieux, d’y trouver un salaire justement rémunérateur de leur travail, soit dans les fabriques ou usines, soit dans les lieux d'extraction des phosphates, ce puissant stimulant enfoui depuis tant de siècles dans le sol de cette vallée.

MM. Lomer et Ellershausen ne se sont jamais découragés malgré les obstacles qu'ils ont rencontrés, obstacles d'ailleurs inhérents aux grandes entreprises. Ils les ont surmontés légalement et loyalement, à la grande satisfaction des populations, et si, comme tous les inventeurs, tous les innovateurs, ils ont rencontré des incrédules, quelques frondeurs, quelques esprits toujours enclins à critiquer toute innovation dont l'utilité et 1’importance échappent à leur intelligence, ils n'en ont pas moins continué leur œuvre avec ce talent et cette énergie dont ils sont doués, œuvre grandiose qui a obtenu nos sympathies, vos encouragements et votre appui, et qui, en contribuant puissamment à la prospérité de Bellegarde, a procuré à cette commune l'insigne avantage de vous posséder aujourd'hui, et de pouvoir vous dire quelle est heureuse et fière de ne devoir qu’à sa position topographique d’être bientôt, pour l’industrie, une terre aussi hospitalière que la Suisse, où fleurit la liberté.

Je porte un toaste à l’honorable assemblée et à la prospérité de la vaste entreprise qu'elle est venue inaugurer » ...

A. ARENE
Extraits de L'ABEILLE du BUGEY du 8 septembre 1872

 

 

ABEILLE - Collection ETcomp


L'ABEILLE du BUGEY du 8 septembre 1872

 

MONDE ILLUSTRE - Collection ETcomp


LE MONDE ILLUSTRE n°806 du 21 septembre 1872

 

MONDE ILLUSTRE - Collection ETcomp


LE MONDE ILLUSTRE n°806 du 21 septembre 1872

La Perte du Rhône - Bassin de dérivation

 

MONDE ILLUSTRE - Collection ETcomp


LE MONDE ILLUSTRE n°806 du 21 septembre 1872

La Perte du Rhône - Pose d'une première pierre par le préfet de l'Ain

 

MONDE ILLUSTRE - Collection ETcomp


LE MONDE ILLUSTRE n°806 du 21 septembre 1872

La Perte du Rhône - Débouché du tunnel-aqueduc sur la Valserine

 

ABEILLE - Collection ETcomp


L'ABEILLE du BUGEY 1872